Montselgues en Ardèche (Occitanie)

Diaporama du village de Montselgues en Ardèche (Auvergne-Rhône-Alpes). Chemins de randonnées: GR4, GRP Le Cévenol, Tour de la montagne ardéchoise.

 

Histoire au village de Montselgues à l'époque

1 Histoire au village de Montselgues à l'époqueLe lendemain matin, Marius, troublé de nouveau par la peur du retour de ses agresseurs, chaussa ses chaussures de marche et partit sur les sentiers en direction de Sablières. Quittant le chemin de Loubaresse, il bifurqua vers Montselgues.

Quand Marius était en désordre, il partait dans les calades et s'élevait vers le ciel. Là-haut son regard pouvait s'enfuir loin, presque vers l'horizon. Il était venu s'installer dans ces vallées protectrices et voilà qu'elles avaient laissé pénétrer des loups. Son rêve était brisé.

Voilà vingt ans qu'il avait fui ces quartiers où on ne peut plus rien laisser dehors sans qu'on vous le vole, pour des terres reculées où on pouvait laisser la clef sur la porte ; et voici que les vilains étaient arrivés jusqu'ici. Un vieux prof l'avait pourtant averti : « Il n'existe pas un lieu véritablement protégé, nulle part, même dans le désert. Un jour où l'autre, il sera violé et il te faudra repartir plus loin... Jusqu'où fuiras-tu Marius, jusqu'où ? »

Mais il avait persisté à croire à ce mythe, d'un pays protégé par les fées. Les questions revenaient contre sa tête comme des grêlons frappant les carreaux. « Et puis, pourquoi avoir agi ainsi ? Pourquoi m'être défendu ? N'aurait-il pas mieux valu discuter, expliquer ? Les choses se seraient sans doute arrangées, pourquoi avoir paniqué ? Rien d'autre à faire, lui répondait son double. Prendre le risque de se faire torturer, tabasser, tuer, pour cette histoire idiote ?

Mais surtout, pourquoi n'avoir pas laissé cet argent là où il était, pourquoi l'avoir détourné de sa direction. Il allait finir dans la poche des voleurs, et alors ? »

2 Histoire au village de Montselgues à l'époqueTout en marchant, Marius ruminait, se posait sempiternellement les mêmes questions en boucle sans pouvoir sortir de cette ronde lancinante. Puis, de colère, il ordonna à toute sa petite tribu de jacasseurs de se taire : « posé un acte, bon ou mauvais, je paye, soit. Tant pis pour les dégâts, je ne vais pas me laisser enterrer vivant. Si ces gens ont quelque chose à me reprocher qu'ils viennent me le dire en face, je répondrai ! ». Et il quitta la scène de ce petit théâtre intérieur. La forêt avec ses senteurs l'enveloppa et lui fit comprendre qu'il n'était qu'un bout microscopique de l'éternité et que ses petites histoires valaient encore moins.

Arrivé à Montselgues, il passa au cimetière pour voir si la pierre avait été remise en place. Il y trouva bien la pierre, posée à terre, à la même place où il l'avait laissée, mais aussi Marie.

Il s'arrêta sur le seuil du cimetière et chercha du regard s'il n'y avait personne d'autre, Marie était seule. Elle portait une longue robe de laine grise, un fichu vert entourait ses épaules. Soudain, surgit un « bonjour ! » derrière son dos, qui le fit encore une fois sursauter. C'était Juliette qui arrivait, une bouteille d'eau à la main. Elle alla verser son contenu dans un vase de fleurs posé sur la tombe de celle qui était sans doute son aïeule.
— Ça y est, vous avez trouvé la tombe que vous cherchiez ? dit Marius.
— Oui, vous voyez ! Et elle montra le cœur en fer forgé.
— Je vois que le nom est impossible à lire. Vous avez pu découvrir qui est enterré ici, on ne devine que la date ?
— En parcourant les nervures faites par le burin on peut sentir les lettres ! répondit Marie. Elle eut un instant d'hésitation comme si elle ne se souvenait plus du nom, et dit :
— Lucie Rivoire... rien à voir avec mon nom. J'attends que la mairie ouvre samedi prochain pour faire quelques recherches ! Marius regarda la pierre qui se trouvait à ses pieds :
— Tiens, qu'est-ce qu'elle fait cette pierre-là au milieu du chemin ? Marie ne répondit pas.
— Bizarre, il arrive que des gens chipent des éléments de tombe quand ils la supposent abandonnée, ils en profitent, mais celui-là a présumé de ses forces, elle est trop lourde. Marius releva la pierre, la fit pivoter et, d'un mouvement de balancement de droite et de gauche, la fit avancer vers son emplacement où elle retrouva sa place.
— Comment savez-vous qu'elle va là ? demanda Marie.
— Ça se voit, le trou est encore fraîchement découvert ! Juliette avait passé son bras autour des hanches de sa sœur et d'un œil amusé fixait Marius. Il répondit à ce regard coquin par une question :
— Pourquoi tu ris, c'est moi qui te fais rire ? Juliette serra les lèvres, fit avec son doigt le tour de sa figure et tira sur ses oreilles. Marie la disputa.
— Tu peux quand même parler, tu n'es pas muette ! Marius rit de bon cœur, il y a longtemps qu'il ne se formalisait plus :
— Ah, dit-il, tu trouves que j'ai une tête bizarre et des oreilles d'âne ; je parie que c'est ça ? Juliette éclata d'un rire, proche du cri d'un âne, justement. Ce fut à Marius d'éclater de rire :
— Moi, j'ai ses oreilles et toi son rire ! Juliette pouffa en prenant soin de ne plus rire aussi bruyamment.

3 Histoire au village de Montselgues à l'époqueLa tombe de Fétide
Trois semaines plus tard, Marius s'affairait dans le cimetière de Montselgues. lin vieux de Beaumont, originaire du plateau, venait de mourir d'une sale mort, avait-on dit. Comme il devenait de plus en plus dépendant et surtout de plus en plus insupportable pour sa belle-fille et son fils, ce dernier avait dû se résigner à le placer à l'hôpital de Joyeuse. C'est en revenant de la première visite de l'hôpital nouvellement construit que le vieux avait échappé aux regards de ses proches pour aller se jeter du haut d'une petite falaise d'une dizaine de mètres de hauteur dans la Beaume. Son vieux corps n'avait pas résisté au choc. 11 avait laissé un fils rempli de remords, une belle-fille abattue qui passait aux yeux des habitants du village pour une ingrate et des petits-enfants qui ne savaient que penser de leurs parents. Un désastre. « Encore un enterrement de merde où toute la famille, au sortir du cimetière, va se quitter sans un mot ! » pensait Marius.

Il leva la pioche et, soudain, s'immobilisa. Le pic tomba par son propre poids et se planta dans la terre. Marius avait en face de lui une pierre tombale. Sur son sommet était plantée une petite pique au bout de laquelle se trouvait un cœur en fer forgé.

Comment avait-il fait pour ne pas l'avoir fixée dans sa mémoire ? Et il comprit.

L'employé communal, sans doute, avait mis un peu d'ordre dans le cimetière et dégagé certaines tombes dont celle-ci, cachée derrière un buis. À présent, le buis était coupé à la base et laissait apparaître cette vieille pierre cachée depuis longtemps aux regards. Le nom gravé n'était pas lisible à l’œil nu et Marius dut laisser glisser son doigt sur les entailles sculptées par le burin pour identifier chaque lettre. Ses doigts lurent : Félicie Rivoire. La date, elle, était visible : 1901-1935.

Il voulut faire des recherches dans les registres d'état civil mais, ce jour-là, la mairie était fermée.

4 Histoire au village de Montselgues à l'époqueDe retour chez lui, il se dirigea vers le téléphone, posa le combiné sur l'oreille et se ravisa. Il réfléchit, ouvrit une bière, puis deux : « À quoi bon, elle se sentira redevable, obligée d'être gentille, moi je me remettrai à y croire, en vain. Non, je dois sortir de scène ! »

Il se servit une troisième bière et grimpa dans la montagne.

Le lendemain, il trouva une issue à ce dilemme qui l'avait amené à renoncer à son initiative. Il retourna à Montselgues et se dirigea vers la cabine téléphonique. En décrochant le combiné, il se dit : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Tant pis ! »
— Allô, la gendarmerie ? A l'autre bout du fil, un homme répondit. Soulagé que ce ne soit pas Marie, Marius poursuivit :
— Allô, je viens de voir quelqu'un abîmer une tombe dans le cimetière de Montselgues, vous pouvez venir voir ? J'ai essayé d'intervenir et le gars m'a frappé. C'est un malade, il faut venir faire quelque chose,... il me paraît pas normal !

5 Histoire au village de Montselgues à l'époqueLe gendarme demanda des précisions et, malgré une certaine improvisation dans son argumentation, Marius réussit à le convaincre que sa présence était nécessaire. Puis il raccrocha et rentra dans le cimetière. Par bonheur, personne ne l'avait vu. Il se dirigea vers une tombe abandonnée depuis longtemps, poussa la vieille pierre qui s'affaissa à l'horizontale. Il la traîna tant bien que mal vers la tombe de Félicie Rivoire, ni trop près ni trop loin. Après avoir caché sa voiture derrière un bosquet, il gravit la crête qui surplombait le village. Arrivé sur les hauteurs du mont qui dominait le cimetière, il retira sa cagoule, sortit ses jumelles et s'assit sur un petit rocher.

« Ce plan est nul, personne dans le village n'a assisté à l'altercation que j'ai signalée aux gendarmes. Pas de mobile, il est foireux, ce plan. Les gendarmes vont se poser plus de questions qu'ils n'auront de réponses. Invraisemblable. Nul, nul, nul. Décidément, Marius tu es un âne ! »

Pourtant, une heure après, une voiture de la gendarmerie apparut sur la route de Loubaresse. Elle vira vers Montselgues et s'arrêta devant le cimetière.

Marius se mit à plat ventre et régla ses jumelles.

Deux gendarmes sortirent de la voiture. Marie était là. Lcs deux militaires rentrèrent dans le cimetière et se dirigèrent directement vers la pierre descellée. Ils marchèrent de la cavité d'où elle avait été extraite à la pierre tombale, firent le tour du cimetière, revinrent à la tombe profanée. Les deux gendarmes parlaient, cherchaient du regard. Ils firent le tour du cimetière la tête baissée semblant chercher un indice matériel, puis sortirent. Alors que son collègue partait vers la mairie, Marie s'arrêta, lui dit quelques mots et entra de nouveau dans le cimetière. Elle porta son regard vers les hauteurs. Aussitôt, Marius baissa les jumelles et se plaqua au sol dans un réflexe bien ridicule ; à cette distance, elle ne pouvait pas le voir. Puis se reprenant, il leva ses jumelles et les dirigea vers l'église. Il chercha durant quelques secondes Marie et la découvrit à genoux, devant la tombe de Félicie Rivoire. Ses doigts caressaient la vieille pierre.

Elle se releva, se tourna, fixa la pierre traînée au milieu du chemin. Son regard oscilla de la tombe de Félicie à la pierre descellée. Elle fit un tour sur elle-même, comme si clic cherchait quelqu'un, et de nouveau son regard se leva vers les crêtes. Cette fois Marius ne bougea pas et garda ses coudes posés sur le sol. Il sc demandait bien pourquoi Marie souriait. Brusquement, il se retourna sur le dos. Au-dessus, les nuages d'un blanc éclatant passaient à grande allure. Aurait-elle deviné ? par Jean Tirelli. Extrait de Des Gens De Pas Grand-Chose Dans Un Petit Pays De Rien Du Tout. Edition de la Mouette. Acheter le livre 6 Histoire au village de Montselgues à l'époque

 

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